Le passé colonial: explication et futur

(05/10/2020)

Le mercredi 30 septembre, j’ai organisé en collaboration avec la députée bruxelloise Bianca Debaets, une soirée d’information sur le passé colonial de notre pays et son ancrage dans notre société actuelle. Le professeur Mathieu Zana Etambala a donné une explication approfondie et très documentée et répondu aux questions du public.

BLACK LIVES MATTER

Le décès tragique de l’Afro-Américain George Floyd, à la suite d’une action policière violente à Minneapolis, a provoqué une vague de protestation mondiale, non seulement contre l’action policière brutale, mais aussi et surtout, contre le racisme profondément enraciné dans la société. Ces manifestations de Black-Lives-Matter ont également déclenché une vague de solidarité en Belgique. L’importante communauté africaine de notre pays s’est sentie touchée par ces événements, souvent en raison du racisme insidieux toujours présent dans notre société. Cependant, ces réactions ne peuvent se limiter à des paroles. La mise en place des plans de lutte contre le racisme aux différents niveaux politiques devrait contribuer à un changement de mentalité.

Une connaissance approfondie du passé est importante pour mieux comprendre la situation actuelle et éviter de commettre la même erreur à l’avenir.

PANNEL DES NATIONS UNIES – 2019

L’appel du panel de l’ONU du 11 février 2019 en réponse aux premières conclusions préliminaires suite à une visite en Belgique était très clair :

« La Belgique doit reconnaître les faits réels de la violence et de l’injustice liés à son passé colonial. Ceci est important afin de s’attaquer aux causes du racisme auquel les personnes d’origine africaine sont confrontées aujourd’hui », selon une délégation d’experts des droits de l’homme des Nations unies. Le groupe de travail qui a séjourné dans notre pays du 4 au 11 février 2019 s’est rendu à Bruxelles, Anvers, Liège, Namur et Charleroi pour mener une enquête sur le racisme, la discrimination raciale, l’afrophobie, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée envers les personnes d’origine africaine en Belgique. Ce groupe de travail a remis son rapport final le 14 août 2019 lors de la 42e session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

HISTOIRE COLONIALE DE LA BELGIQUE

C’est pourquoi l’année dernière (2019) et à nouveau cette année, avec le soutien du groupe CD&V siégeant au Sénat, j’ai pris l’initiative d’introduire une résolution pour la recherche sur le passé colonial de la Belgique, (7-167/1). 

Il est temps pour la Belgique de faire face à son passé colonial et de reconnaître ses erreurs historiques et sa responsabilité pour cette période. La Belgique doit s’excuser. L’impact structurel de l’État belge et des autorités belges, tant en ce qui concerne « l’État indépendant du Congo » qu’en ce qui concerne le passé colonial de la Belgique, doit être clarifié.  

Il est de notre devoir de comprendre ce chapitre de notre histoire, de décrire les erreurs et les crimes, et de distinguer clairement les rôles des différents acteurs. Il faut sonder le contexte historique. C’est sur cette base que nous pourrons écrire une ligne cohérente qui servira de base aux excuses, au rétablissement et à un nouveau départ. Enfin, il est de notre devoir moral de garder la mémoire vivante.  Ce n’est qu’ainsi que les personnes d’origine africaine auront des chances égales dans notre pays, aujourd’hui et à l’avenir. Cette reconnaissance est également une étape nécessaire vers un véritable dialogue et une réconciliation avec nos anciennes colonies.

HISTORIQUE

L’histoire de l’époque coloniale belge est largement connue et certains chercheurs y ont consacré des recherches approfondies. Le professeur Mathieu Zana Etambala, associé depuis de nombreuses années au Musée de l’Afrique centrale, est notamment l’auteur du livre : « Veroverd. Bezet. Gekoloniseerd Congo 1879-1914 ». Ce Congolais de Flandre occidentale a consacré un nouvel ouvrage de référence à la première colonisation du Congo. Par le biais de lettres, de journaux intimes, de rapports et de récits de voyage, il permet aux gens de l’époque de s’exprimer.

TEntre novembre 1884 et février 1885, l’État indépendant du Congo a été reconnu par plusieurs pays européens via des traités bilatéraux. La Chambre et le Sénat belges ont reconnu l’État en avril 1885. En conséquence, le roi Léopold II a acquis un énorme territoire en Afrique centrale qui n’était lié à la Belgique qu’en la personne du roi. L’union personnelle a continué d’exister de 1885 à 1908, année où il a dû céder la colonie à la Belgique suite aux protestations internationales contre les atrocités qui s’y déroulaient. La terreur régnait dans un cadre de racisme et d’impunité institutionnalisée. C’est la période à laquelle se rapporte le livre du professeur Etambala. En 1908, le Congo est devenu une colonie belge jusqu’à l’indépendance en 1960. Bien que l’administration se soit améliorée et que le système de travail obligatoire ait été aboli, le favoritisme et l’exploitation économique ont continué. La population de la colonie est devenue administrativement et juridiquement inférieure. L’ordre colonial était basé sur une soi-disant “hiérarchie raciale”. On peut donc parler de racisme institutionnel.

DEMAIN

Depuis l’indépendance du Congo en 1960, il n’y a jamais eu un début de reconnaissance publique ou politique de l’exploitation du Congo et des Congolais pendant ces périodes.

Dans un passé récent, les premiers pas ont été posés :

– En 2002, le gouvernement Verhofstadt a présenté ses excuses pour la mort du tout premier Premier ministre élu du Congo, Patrice Lumumba, le 17 janvier 1961, car le gouvernement belge portait la responsabilité morale de ce meurtre.

– En 2017, à l’instar du Parlement flamand, la Chambre, le Sénat et le Parlement bruxellois ont voté une résolution appelant à la réparation pour les métis de la période de (dé)colonisation belge.

– Fin 2018, le Musée royal d’Afrique centrale a rouvert ses portes à Tervuren, après une rénovation en profondeur visant, entre autres, à mettre en valeur le passé colonial sous un angle moins eurocentrique.

– Le 30 juin 2020, le Roi Philippe de Belgique a exprimé son “profond regret pour les atrocités commises au Congo”. Dans une lettre au président congolais Félix Tshisekedi, le Roi Philippe a évoqué les “blessures du passé”, en se référant notamment au règne du roi Léopold II. Cela s’est produit à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance congolaise. Ce fut l’occasion de réaffirmer nos liens d’amitié et de parler ouvertement et sereinement de notre histoire commune.

– En juillet 2020, la Chambre des représentants a créé une commission parlementaire chargée de mener une étude sur l’État indépendant du Congo (1885-1908) et le passé colonial belge au Congo (1908-1960), au Rwanda et au Burundi (1919-1962), ainsi que son impact et les conséquences à lui donner. 

– Initiative suivie par le Parlement de Bruxelles, en vue de décoloniser l’espace public de manière structurelle et inclusive.

– En Flandre, le ministre Bart Somers met en place un groupe de réflexion pour guider les villes et les communes dans la décolonisation du paysage de rue, des statues et des noms de rues. Le professeur Etambala fera également partie de ce comité.

– Récemment, il y a quelques jours, 19 ans après Durban, les différentes autorités de ce pays ont finalement conclu un accord sur un plan d’action inter-fédéral contre le racisme.

CONCLUSION

Nous devons connaître notre histoire pour qu’elle ne se répète pas. Nous éradiquer les racines de la discrimination. De cette manière, nous pouvons garantir que les personnes d’origine africaine puissent bénéficier de chances et opportunités égales en Belgique. Et, notre pays pourra établir dans le futur une nouvelle relation avec nos anciennes colonies.